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L'Abri Cro-Magnon, une découverte exceptionnelle !

Les fouilles de l'Abri Cro-Magnon ont révélé non seulement des ossements humains, des objets archéologiques, mais également des traces de pigments !

Les fouilles de l'Abri Cro-Magnon

Dès la découverte de l’Abri Cro-Magnon en mars 1868, Louis Lartet, préhistorien et géologue français, fils d’Edouard Lartet, alors dans l’incapacité de se déplacer, se rend sur place et conduit les premières fouilles qui vont durer une quinzaine de jours. 
Une sépulture multiple, des restes de faunes éteintes (mammouth) ou émigrées (renne), des outils de pierre taillée, des éléments de parure et des objets gravés sont mis au jour lors de cette première phase de fouille.
Les crânes et les ossements humains sont expédiés par Louis Lartet pour étude à Paris, au Muséum national d’Histoire naturelle. Le Docteur Emile Rivière, préhistorien et médecin français, procède à l’achat du matériel archéologique restant. 
Le plan d’ensemble de la zone sépulcrale alors réalisé est aujourd’hui encore un document précieux pour la mémoire du site car il s’agit de l’unique relevé effectué lors de la découverte des ossements.

Durant une quarantaine d’années, l’Abri Cro-Magnon sera fouillé, notamment par Elie Massénat en 1869, Paul Broca en 1872, l’Abbé Breuil en 1897, Denis Peyrony en 1907. Le site sera ainsi en grande partie nettoyé et vidé.

Aucune fouille archéologique officielle n’a ensuite lieu, jusqu’à un tamisage de déblais autorisé en 2012 lors de travaux d’aménagement du site après son achat par Jean-Max Touron. 

Les nouvelles études sur site ont été effectuées par Estelle Bougard, docteur en Préhistoire, en 2014. 

Ces recherches ont toutefois été précédées, fin des années 1990, début des années 2000, par une série d’analyses basées sur l’étude du matériel archéologique et des squelettes humains issus des fouilles anciennes. Les résultats ont permis de préciser l’âge de la sépulture de Cro-Magnon, ainsi que sa composition.
 

Une collection disséminée...

Les collections archéologiques issues des fouilles menées à l’Abri Cro-Magnon jusqu’en 1907 sont éparpillées, pour celles dont la trace a pu être suivie, dans de nombreuses institutions, en France, notamment en Nouvelle-Aquitaine : des littorines percées, du matériel lithique et l’os gravé d’un anthropomorphe au Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord à Périgueux ; des littorines percées, mais aussi des éléments d’industries lithique et osseuse au Musée d’Aquitaine à Bordeaux ; des silex taillés au Musée National de Préhistoire des Eyzies. 
Du matériel est également présent en Suisse, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et chez des collectionneurs privés. 
Une grande partie des collections manque malheureusement à l’appel. Pour exemple, seule la moitié environ des 300 littorines de la sépulture mentionnée par Lartet a été localisée. 

Les restes humains découverts

Une sépulture multiple ...

Dès les fouilles de 1868, des fossiles humains sont découverts. 
Les analyses effectuées depuis les années 2000, notamment par scanner et tomographie, ont révélé la présence de 8 individus, attestant ainsi la présence d’une sépulture multiple : deux hommes et une femme âgée, un homme jeune et quatre nourrissons. 
Les études menées ont précisé l’âge de la sépulture et sa composition. Elles ont aussi permis d’attribuer à chacun des individus ses propres ossements mélangés initialement lors des fouilles de 1868. 

Un mystère demeure néanmoins : les études n’ont pas permis de déterminer si les corps ont été déposés en même temps sur le site
 

Cro-Magnon I, un vieux Monsieur de 40 ans !

Cro-Magnon I, l’un des huit squelettes exhumés, a un âge estimé à une quarantaine d’années, ce qu était vraisemblablement exceptionnel au Paléolithique !
Son squelette est quasi complet : seules ses dents manquent. 
Fait intéressant, les analyses ont montré que les alvéoles de ces dernières étaient partiellement bouchées, ce qui permet d’attester que Cro-Magnon I a vécu après la perte de ses dents. 
L’analyse de son squelette a également démontré un tassement des vertèbres le rendant certainement très vouté.

 

Lithographie du crâne de Cro-Magnon 1 dit "le Vieillard". Le crâne est dessiné de face.
Crâne de Cro-Magnon 1 dit "le Vieillard", lithographie

Reliquiae Aquitanicae

La parure de Cro-Magnon

Près de 300 coquilles percées, de l’espèce Littorina littorea provenant de l’Atlantique, ont été découvertes en association étroite avec les ossements humains. Elles prouvent un décor corporel et/ou vestimentaire des vivants et/ou accordé aux morts. Les chercheurs supposent que ces coquilles devaient être reliées par un fil ou plaquées comme ornement sur un vêtement, une peau par exemple.

Des datations au carbone C14 réalisées sur des coquillages percés, éléments de parure, trouvés près des squelettes humains permettent d’attribuer l’occupation de l’abri à la culture gravettienne, environ 32 000 ans avant le présent.
 

Parure découverte dans l'Abri Cro-Magnon, lithographie
Parure de l'Abri Cro-Magnon

Reliquiae Aquitanicae

Des traces résiduelles de pentures pariétales !

Après l’acquisition du site en 2012 par un propriétaire privé, des travaux d’aménagement sont mis en place en vue de la création d’un espace Cro-Magnon. 
Entre 2012 et 2014, ils ont révélé, non seulement des déblais riches en objets archéologiques, mais aussi, en 2013, des traces de pigment rouge encore en place sur les parois de l’abri sépulcral.

Deux campagnes d’étude de ces traces menées en 2017 et 2018 par Estelle Bougard, docteur en Préhistoire, ont permis d’argumenter la présence d’un art pariétal résiduel ancien, dont l’âge reste à confirmer.
Quasi invisibles à l’œil nu, concentrées globalement sur la moitié droite de l’abri, les traces se révèlent uniquement lors de conditions climatiques particulièrement humides et sont confirmées par l’utilisation de logiciels de traitement d’images. 
Le pigment est principalement rouge, même si deux zones avec du noir semblent aussi présentes. Les traces sont recouvertes d’un voile de calcite et de concrétionnement de gypse, qui par endroit les cache totalement, ce qui peut expliquer leur conservation dans une zone pourtant exposée à la lumière du jour.
 

Du matériel archéologique

Les outils

Dès la première quinzaine de fouilles, des éléments aurignaciens sont identifiés : lames, grattoirs sur lame, lissoirs, sagaies à base fendue, poinçons. Ils correspondent aux couches stratigraphiques les plus anciennes de l’abri.
Au plus haut de la stratigraphie, des pointes de la Gravette et des flèches de Bayac ont également été mises à jour. 
 

Lithographie, planche représentant des poinçons et des pendeloques
Poinçons et pendeloques, lithographie

Reliquiae Aquitanicae

L'art mobilier

Deux ossements gravés, dont l’origine n’est pas attestée, semblent provenir de l’Abri Cro-Magnon. L’Abbé Breuil, qui en a effectué le relevé, ne remet pas en cause leur authenticité.
Les deux figures anthropomorphes représentent pour l’un une femme et pour l’autre un homme.
Ces deux objets sont exposés au Musée d’art et d’Archéologie du Périgord à Périgueux.
 

Pour Breuil comme pour Bouchud et Pittard, ce matériel constituait la preuve d’une présence gravettienne à Cro-Magnon

Le dossier thématique

L'Abri Cro-Magnon

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